Regarder l’histoire

Les tapisseries de l’apocalypse sont une impressionnante réalisation commandée en l’an 1375 par le duc Louis 1er d’Anjou, fabriquée à Paris pour ensuite traverser l’histoire jusqu’à nous, parfois malmenée jusqu’à être détériorée, d’autres fois exposée jusqu’à être vénérée dans une Europe marquée par la peste noire et la guerre de cent ans. L’image de l’époque est violente, les scènes de décapitation côtoient les anges et les hydres à sept têtes, et au détour d’un couloir de l’étage, au coin d’une tapisserie une troupe de mendiants fait l’objet d’une scène instructive. Si j’ai de suite vu l’homme du premier plan appuyé sur des béquilles avec une jambe atrophiée, ce n’est qu’en observant plus longuement la photo de cette scène que j’y découvre multiples éléments que je n’oserai pas qualifier de détail. D’abord à l’arrière plan gauche, cet homme armé de béquilles qui rejoint le groupe. Ensuite la jambe de bois qui apparaît sous la robe de la femme à l’enfant, cet enfant qui, quand on observe son visage, sa posture et la façon dont cette femme que l’on suppose être sa mère le présente au prélat, est lui aussi frappé d’incapacité. Les mains sont tendue, un nain tend sa sébile, et derrière le groupe des indigents se tiennent les bourgeois et notables, l’un la bourse à la main, satisfaits qu’ils sont de cette charité bien ordonnée. Cette scène historique en dit long sur ce qu’était la condition des personnes aujourd’hui dites handicapées. C’est notre histoire et c’est d’elle dont il serait bon de maintenant se distancier.

©Jean-Luc Simon, PREMIÈRE MISE EN LIGNE LE 01/01/01